Paroisse Orthodoxe de l'Annonciation Angers

Paroisse Orthodoxe de l'Annonciation Angers

"En France, je n'ai plus à craindre pour la vie de mes enfants" : Angers accueille ses premiers réfugiés ukrainiens

 

« En France, je n'ai plus à craindre pour la vie de mes enfants » : Angers accueille ses premiers réfugiés ukrainiens

 

Publié le 14/03/2022 à 15:56 - Thomas Cauchebrais

 

Emus par le drame qui se joue aux portes de l’Europe, de nombreux Français sont prêts à ouvrir leurs portes aux réfugiés ukrainiens. A Angers, les premières familles sont déjà arrivées, bénéficiant de l’aide de nombreuses associations ou paroisses, comme celle orthodoxe de l’Annonciation.

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Irina et ses deux enfants, Tatiana et Sacha, respectivement âgés de 18 et 15 ans, sont arrivés le 11 mars à Angers, après une première nuit dans un hôtel parisien.

Photo Thomas Cauchebrais

 

 

Société

 

La pluie tombe à verse en ce 13 mars. Un dimanche presque comme les autres pour la cinquantaine de fidèles rassemblée ce jour-là pour la Divine Liturgie. Dans cette petite chapelle à l’architecture contemporaine, située dans le centre-ville d’Angers, les prières et les chants orthodoxes s’élèvent vers le ciel, au gré des volutes d’encens. La paroisse orthodoxe de l’Annonciation est rattachée à l’archevêché des églises orthodoxes de tradition russe en Europe dont le siège est la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris. En ce dimanche d’entrée dans le Grand Carême, la petite communauté accueille trois nouveaux venus. Irina et ses deux enfants, Tatiana et Sacha, respectivement âgés de 18 et 15 ans, sont arrivés la veille à Angers, après une première nuit dans un hôtel parisien. Fuyant les combats, ils font partie des premiers réfugiés ukrainiens arrivés en Maine-et-Loire.

 

 

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Le mari resté en Ukraine

« Nous habitions Kiev et nous sommes partis par peur des bombardements » raconte cette mère de famille de 46 ans. « Nous avons embarqué pour la Roumanie dans un bus réservé aux réfugiés. Mon mari, lui, est resté là-bas ». En effet, les hommes de 20 à 65 ans ont interdiction de quitter le territoire ukrainien. Pour autant, le père de Tatiana et Sacha, âgé de 55 ans, n’est pas encore mobilisé. « Ce sont les plus jeunes qui, pour l’instant, vont au combat » explique une jeune femme aux longs cheveux blonds, faisant office de traductrice.

Elle aussi se prénomme Irina et tout comme la première, elle aussi a fui l’Ukraine. C’était en 2014, au début de la révolution de la place Maïdan. « Quand mon amie d’enfance m’a demandé si elle pouvait me rejoindre à Angers, car elle ne connaissait personne d’autre que moi en Europe, j’ai tout de suite dit oui » explique-t-elle. C’est ainsi que, aidés par les volontaires d’une ONG roumaine et moyennant un billet de bus à 50 euros -la moitié de son prix habituel- Irina et ses deux enfants sont arrivés à Paris puis Angers, au terme d’un périple de 23 heures d’autocar. « Je suis rassurée désormais. Ici en France, je n‘ai plus à craindre pour la vie de mes enfants » confie Irina. « Mais j’ai encore très peur pour mon mari resté en Ukraine ». Ingénieur dans une entreprise de distribution de gaz, celui-ci a perdu son travail et vit de la charité d’ukrainiens près de la frontière roumaine. Les enfants gardent le contact avec leur père grâce au téléphone.

 

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Le sacrement du frère d'abord

Pour leur seconde nuit en France, c’est chez un couple de retraités, dans la banlieue angevine qu’Irina et ses enfants ont trouvé asile. « Bien avant que l’on commence à parler de réfugiés, j’avais lancé un appel auprès de nos frères catholiques » explique le Père Emmanuel, prêtre orthodoxe de la paroisse. Par l’entremise de prêtres et de diacres du diocèse d’Angers, une quinzaine de paroissiens catholiques ont ouvert spontanément leurs portes, permettant ainsi d’accueillir potentiellement une soixantaine de personnes. Chez Catherine et Alain, Irina et sa famille ont pu trouver un lieu rassurant, où déposer leur fardeau de fatigue et d’inquiétude.

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Pour le père Emmanuel, prêtre de la paroisse orthodoxe de l’Annonciation, 

l'accueil du frère chrétien passe avant toute considération politique sur le conflit. 

Photo Thomas Cauchebrais

 

« Nous sommes l’Eglise du Christ et celle-ci ne fait aucune distinction quelles qu’elles soient » justifie le Père Emmanuel qui se garde bien d’aborder la dimension politique du conflit, soucieux de préserver la concorde et l’unité au sein de sa communauté. « Un des sacrements fondamentaux de notre Eglise, enseigné par Saint Jean Chrysostome, est le « sacrement du frère », notamment celui qui nous tourne vers nos frères les plus pauvres, pour nous mettre à leur service. L’autre raison, c’est que la moitié de nos paroissiens sont déjà des personnes ayant fui des pays en guerre. Douze nationalités différentes sont représentées : Syrie, Irak, Liban, Egypte, Ukraine, Serbie… Nous avons donc cette culture des peuples en exil. »

 

Les chrétiens en exil

Pour Valentina, Serbe de Croatie ayant subi les bombardements de l’OTAN sur Belgrade dans les années 90, « les Ukrainiens vivent la même chose que ce que j’ai vécu et je suis donc heureuse de pouvoir aider ces gens. J’ai connu le désarroi de tout perdre et je veux redonner de l’espoir à ces personnes ».

Même si l’heure est encore au repos, il faudra bientôt penser à l’avenir : trouver un toit et du travail pour Irina, reprendre les études pour Tatiana et Sacha, tout en gardant l’espoir que cette guerre cesse afin de retrouver en Ukraine leur mari et père, sain et sauf. Mais, même si l’avenir semble incertain, ils savent qu’ils pourront toujours compter sur cette deuxième famille, celle des chrétiens en exil. 

 

Thomas Cauchebrais



15/03/2022